une cooperative informatique
Jean-François Coutelier a travaillé pendant 15 ans comme conseiller à la création d'entreprises en économie sociale. Il a fini par franchir le pas lui-même, en lançant Damnet, une société de services informatiques. Ce qu'elle a de social ? Son mode d'organisation ultra participatif.
Ce qui a séduit Jean-François Coutelier dans le modèle coopératif ? Sa faculté à réconcilier les dynamiques économique et sociale. « Du point de vue économique, Damnet est une entreprise comme les autres : elle s'inscrit dans un cadre concurrentiel et doit donc faire preuve de performance, pour survivre. C'est un défi permanent, qui nous permet d'améliorer sans cesse nos compétences. Mais notre motivation provient aussi d'une dynamique sociale particulière, basée sur un processus de gestion qui implique la participation de tous les employés. »
Chez Damnet, les employés ont la possibilité, après un an, de prendre des parts dans l'entreprise. « On travaille beaucoup avec des jeunes qui n'ont pas encore d'expérience professionnelle », explique le fondateur de Damnet. « La première année, le jeune est engagé à durée déterminée. Après une phase de formation, nous évaluons ses compétences, ainsi que son adhésion au projet coopératif de l'entreprise. » En cas d'évaluation positive, le contrat est prolongé pour une durée indéterminée, et l'employé devient alors associé.
« Les règles du jeu sont claires dès le départ », insiste Jean-François Coutelier. « Toute personne engagée en CDI chez Damnet doit prendre au moins une part dans la société, lors de l'assemblée générale qui suit son engagement. Cela lui donne le droit de participer aux assemblées générales et le droit de vote, organisé selon la règle 'un homme, une voix'. » De cette façon, la prise de décision est totalement dissociée de la prise de participation. « J'ai donc officiellement autant de poids dans les décisions de l'AG que les employés qui ne disposent que d'une part, alors que j'en détiens moi-même 35 %. Ils pourraient même décider de me virer ! »
En plus d'être une philosophie, la démocratie participative est, pour Jean-François Coutelier, un vrai élément de différenciation pour son entreprise. « Mettre en place un modèle où les gens sont heureux et engagés est certainement un bon calcul économique », ironise-t-il. « Demandez à n'importe quel patron : quand les employés vont, tout va ! ». Corollaire du système coopératif : la transparence. « Tout le monde est au courant des résultats de l'entreprise, qu'ils soient bons ou mauvais. Cela demande évidemment de développer une certaine pédagogie, de prendre le temps d'expliquer comment fonctionne un bilan, pourquoi il est nécessaire de se recapitaliser... »
Ce que Jean-François Coutelier retire de cette expérience ? « J'ai entrepris d'une façon qui a du sens à mes yeux, et cela suffit pour me satisfaire. Cela m'amuse, et dans un certain sens aussi, m'empêche de faire des erreurs. Etant de nature assez impulsive, j'ai parfois tendance à me lancer, sans avoir évalué tous les scénarios possibles. Il faut être un leader pour pouvoir diriger une entreprise, mais je reste convaincu que le modèle organisationnel où le patron s'attribue toutes les plus-values n'est pas viable. »
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