nemo 33

Un croquis sommaire sur un carton de bière débouche sur la piscine la plus profonde du monde. Entre temps, huit années se sont écoulées, pendant lesquelles John Beernaerts, le fondateur, s'est échiné à convaincre des investisseurs méfiants et à rectifier des erreurs de construction. Le point de départ est cependant resté le même : le développement durable.
Géologue de formation, John Beernaerts (48 ans) se destinait au départ à l'exploitation minière. Mais au moment où il termine ses études, le secteur, à bout de souffle, n'engage plus de jeunes diplômés inexpérimentés comme lui. Sa passion des vieilles voitures l'amène alors dans le secteur automobile. Ce premier emploi sera suivi de sa période « Indiana Jones » comme il la qualifie, au cours de laquelle il assèche des marais à Bornéo pour le compte d'une société de dragage, à l'endroit où une ville devait surgir de terre. La plongée est une autre de ses passions. John Beernaerts s'adonne en effet à ce sport depuis ses seize ans : c'est dire s'il connaît bien ce petit monde. De retour en Belgique, il esquisse un soir, dans un café bruxellois, un bassin de plongée de plus de trente mètres de profondeur. L'homme avait un projet, mais que faire pour le concrétiser ?
L'aventurier réalise tout d'abord une étude de marché approfondie pour bien cerner les attentes des plongeurs. « C'est surtout pendant la phase préliminaire qu'un tel projet est très fragile », déclare-t-il, avec le recul. « C'est pourquoi j'ai délégué le moins possible. On ne peut mener à bien un projet aussi unique que si l'on apporte soi-même une réponse concrète à toutes les questions qui se posent. J'ai donc réalisé seul l'étude de marché de A à Z. Dans le petit monde de la plongée, la nouvelle de la construction du bassin de plongée le plus profond du monde s'est répandue comme une traînée de poudre. »
Convaincre les investisseurs de l'intérêt du projet n'aura pas été une mince affaire. Les banques approchées ont décliné l'invitation les unes après les autres au motif que les risques étaient trop élevés. John Beernaerts s'est alors tourné vers des investisseurs privés, qui n'ont pas non plus caché leur méfiance. « Lorsqu'ils m'ont demandé quels risques j'assumerais pour ma part, j'ai répondu que je ne voulais pas recevoir le moindre salaire tant que le projet ne serait pas rentable. Ils ont alors compris que j'étais sérieux, et c'est ainsi que j'ai gagné leur confiance. » Le fait que les banques n'ont pas mordu à l'hameçon a servi de leçon à John Beernaerts. « Les négociations m'ont aidé à bétonner mon plan d'affaires. »
Les coûts totaux devaient s'élever à 5 millions d'euros. La paperasserie administrative, le financement, l'achat du terrain et la réalisation des plans - John Beernaerts les a dessinés lui-même avec l'aide d'un architecte - ont pris trois ans et demi.
La construction a commencé en 2000, à Uccle, sur d'anciens terrains de football. Quand on aménage un bassin de natation de 35 mètres de profondeur, de petits problèmes peuvent subitement prendre des dimensions énormes. « A un certain moment, nous nous sommes rendu compte que la piscine n'était pas suffisamment étanche. Comme l'entrepreneur ne voulait pas régler le problème, nous avons dû trouver une solution nous-mêmes. Finalement, nous avons entièrement sablé au fer les parois de la piscine ( NDLR : une technique beaucoup plus puissante que le sablage normal) afin de retirer l'étanchéisation défectueuse avant d'en placer une nouvelle. Ces travaux ont retardé d'un an et demi l'inauguration de la piscine. Dix-huit mois sans rentrées financières, alors que vos investisseurs vous épient : c'est sûr, il y a des choses plus agréables dans la vie. » Depuis, la piscine génère un chiffre d'affaires de 2,3 millions d'euros.
L'entreprise de Nemo 33 repose sur des principes éthiques et de développement durable. Les 120 mètres carrés de panneaux solaires installés sur le toit du bâtiment produisent l'énergie nécessaire au chauffage de la piscine. Pour compenser le manque de lumière solaire pendant l'hiver, John Beernaerts a investi récemment dans la production combinée de chaleur et d'électricité. Les premiers résultats montrent que les coûts liés à la consommation d'énergie ont baissé de plus de 10 %. Les pompes à chaleur récupèrent aussi la chaleur en suspension au-dessus de la piscine pour réchauffer l'eau. Les 2,5 millions de litres d'eau du bassin ne proviennent d'ailleurs pas du réseau public. « Nous puisons l'eau d'une source souterraine en la guidant à travers une installation de filtrage rigoureusement contrôlée. Les plongeurs nagent donc dans de l'eau de source potable. » John Beernaerts a aussi fait le choix de la diversité dans sa politique d'embauche. Les 45 travailleurs proviennent de quatorze pays différents, dont la Chine, la Russie, les Philippines, le Brésil et la Grèce.
L'idée de John Beernaerts est entre-temps mûre pour l'exportation : « Nemo 33 accueille 60.000 visiteurs par an, dont la moitié sont des plongeurs. Nous maîtrisons tout d'un point de vue opérationnel. Nous sommes donc prêts à exporter notre produit ailleurs. »
www.nemo33.com
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