Pour Jules César, il s'agit de faire cesser une situation qui ridiculise l'Empire ! Mais quant à la stratégie pour arriver à cet objectif, Jules César, à l'inverse du centurion, ne donne aucune instruction. Au contraire, il interroge ses conseillers (« J'attends vos conseils ! »), puis il se tait et écoute. Après bien des banalités, l'un des conseillers, Saugrenus, propose un raisonnement inédit : en achetant les menhirs des Gaulois, ceux-ci penseront à produire et à s'enrichir, et oublieront de se battre. L'idée plaît à César qui donne les pleins pouvoirs à son conseiller pour mettre son plan en œuvre. Le style Jules César, comme le style centurion d'ailleurs (voir ci-dessus), se caractérise par la clarté des objectifs : dans les deux cas, le leader précise clairement le but. Ce qui les distingue, c'est que le centurion énonce lui-même la stratégie (telling), tandis que Jules César interroge ses collaborateurs : que proposez-vous ? (asking). Il parle peu, et l'essentiel de ses paroles est consacré à des questions. Pour le reste, il écoute. Jules César, c'est la démonstration que l'on peut combiner un leadership fort avec une attitude de questionnement et d'écoute.
Le leader de type Jules César est efficace pour trois raisons :
L'effet de levier créatif : la tentation est grande pour le leader de se croire plus malin ou plus savant que ses subordonnés. Pourtant, en mobilisant les ressources créatives de ses collaborateurs, le leader obtient des solutions qu'il n'aurait jamais imaginées lui-même. Il ne serait jamais venu à l'idée au général de guerre Jules César de créer un marché du menhir pour venir à bout des irréductibles Gaulois ! Mobiliser les ressources créatives de ses collaborateurs est facile : il suffit de poser la (bonne) question : « Que proposez-vous ? »
La gestion du temps : en déléguant à ses collaborateurs le soin d'élaborer une stratégie pour atteindre l'objectif, le leader de type Jules César libère du temps et de l'énergie mentale pour se consacrer à d'autres tâches : il n'y a pas que le village gaulois à gérer dans l'empire romain...
La loi du bébé : même les parents qui aiment les enfants en général ont toujours une préférence pour les leurs. Il en est de même pour les idées et les projets : un collaborateur sera plus motivé à s'occuper de son idée, de son projet, bref de son « bébé », plutôt qu'à jouer au baby-sitter pour les idées du patron. En demandant au collaborateur ce qu'il propose pour atteindre l'objectif, le leader lui donne l'occasion de s'approprier le projet, et donc de s'auto-motiver. La motivation étant l'un des piliers de la réussite, la question du « que proposez-vous ? » est sans conteste une clé du succès pour le leader. Et, en effet, dans notre histoire, Saugrenus multiplie les démarches et son entreprise remporte un vif succès : les Gaulois, Obélix en tête, ne pensent plus qu'à s'enrichir et à vendre des menhirs aux Romains. Ces derniers sont devenus des clients précieux et respectables...
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